lundi 20 juillet 2009

Guérisseurs et cancer

En v’la t’y pas une autre que je me prends maintenant à avoir du vague à l’âme !

J’en viens à m’interroger sur ce que je fais. Que c’est tout juste si je n’irais pas jusqu'à renoncer à guérir personne. A jeter au feu les secrets de mes ancêtres et à refuser de me mêler de guérissage.

Oh ! Ca m’est pas venu tout seul. Chui pas un grand philosophe.


J’vais tout vous dire.


Hier, je vois arriver dans la cour une petite voiture qui avançait doucement, presque timidement, comme celui qui sait pas très bien s’il doit poursuivre ou s’enfuir.

En descends un jeune couple gentil comme tout. Avant que d’venir vers moi ils se sont pris par la main. Rien qu’a les voir se regarder, on savait que c’était pas de la graine de divorce (enfin pas de si tôt du moins).

Apres s’être assuré que j’étais bien celui qu’ils cherchaient, ils se sont présentés et m’ont raconté leur histoire.

Malgré son jeune age ( p’tet bin qu’elle avait dans les 35 ans), les médecins avaient diagnostiqué chez la jeune femme un cancer du sein bien avancé. Malheur !

Pour les médecins il fallait opérer d’urgence.

Seulement voila, la jeune femme avait peur de l’opération et surtout elle ne pouvait pas se faire à l’idée de perdre un sein.

Dame c’est qu’elle était mignonne et – de ce que j’ai compris de la conversation – elle se voyait comme défigurée.

Certaines de ses amies « qui s’y connaissaient en médecine traditionnelle » lui avaient conseillée d’essayer un guérisseur.

Elles lui avaient dit : « certains font des miracles ».

Y en a t’y qui sont bêtes ! Franchement y a des taloches qui se perdent !

Ils avaient consulté avant moi une dizaine de guérisseurs dans toute la région. Leurs réponses étaient contradictoires. Finalement on leur avait donné mon adresse en leur disant qu’on pouvait se fier à moi.

Je leur ai alors demandé ce que leurs avaient dit les autres*.

Trois d’entre eux avaient dit pouvoir « faire quelque chose », dont un qui prétendait le succès garanti et disait avoir des clients du même type. Il faut dire que, cui-là paraissait tellement fou que les jeunes tourtereaux l’avaient éliminé d’emblée.

Cinq autres avaient conseillé l’opération, mais proposé des soins « indispensables » avant et après. Ben voyons, y’a pas de petits profits. Sauf que leurs soins « avant » c’est du temps perdu.

Un seul avait insisté pour qu’ils se fient complètement aux médecins.

J’ai regardé la jeune femme et j’ai dit :

« Je vous parle comme je le ferais à ma fille ou ma petite fille.

AUCUN guérisseur ne peut rien contre le cancer. Ceux qui vous disent le contraire sont des saligauds et des charlatans.

Après l’opération, si vous souffrez, vous pouvez, si vous y croyez vraiment, voir un guérisseur. A vous de voir alors si cela vous fait du bien.

Vous pouvez même venir me voir si vous voulez, ça vous coûtera pas un sous. Vous me raconterez vos malheurs et je vous conterai mes histoires de vieux.

Quand à votre sein, quand vous serez guérie, les chirurgiens vous en ferons un tout beau tout neuf, comme ceux des pin-up de la télé ».

Ca l’a fait sourire.


Ils sont partis en m’assurant qu’ils allaient suivre mon conseil.

Je leur ai dit que je serai content de les revoir quand cette histoire serait terminée, que ça me ferait plaisir.


Pourvu qu’ils reviennent !


Alors vous comprenez p’tet bin mieux pourquoi que j’ai le bourdon.

Etre assimilé à des saligauds qui ne pensent qu’à faire du pognon sur le malheur des autres, quitte à les toucher jusque dans leur vie, ça me dégoûte.


* Les proportions indiquées sont inspirée d’une enquête faite par Laurent Puech et publiée dans le N° 12 de la revue EnquêtesZ

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